Evènement – Octobre 2009

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L’enseignement, un métier ou une vocation

Par Thierry Dime Bolla

Dans la grande majorité d’institutions et d’établissements, le mois de septembre coïncide le plus souvent avec la rentrée des classes. Cette année ne fera pas exception à cette règle : il y en a qui découvriront l’univers de l’école pour la première fois, d’autres qui seront à la fin de leur cursus et d’autres encore, qui poursuivront une fois de plus leur enseignement en vue d’aller en classe supérieure. Quelle que soit la situation dans laquelle, l’un ou l’autre sera, les interrogations demeurent quant à la nécessité de l’école aujourd’hui et à son rôle dans nos vies futures.
Hier encore, il ne fallait même pas une maturité (baccalauréat) pour démarrer dans la vie active et professionnelle mais aujourd’hui, même un diplôme de Master ne vous donne plus aucune garantie car les entreprises exigent davantage de leurs futurs employés. Conséquence, on se retrouve à faire des tâches sans relation avec son parcours scolaire et académique.
A côté de cela, on remarque que les mutations de ces dernières décennies ont grandement ébranlés les fondations de notre société moderne car il y a encore quelques années, la cellule familiale était le cœur de l’éducation des enfants. Aujourd’hui, dans une société où le père et la mère travaillent et où les enfants sont de plus en plus laisser à eux-mêmes, l’éducation de notre jeunesse, est mise au second plan.
Face à cette situation, notre attitude commune est d’aller à la chasse aux responsables ignorant que les vrais coupables, ce sont nous, les parents ; bref, la société toute entière. Dans cette recherche du coupable, l’enseignant ou l’éducateur est souvent le meilleur bouc émissaire à pointer du doigt, alors que ce dernier, tout comme la société, est désemparé. Dès lors, la profession d’enseignant en prend un coup et aboutit à une crise de vocation. En plus de cela, la croissance ininterrompue des effectifs scolaires et le déclin des conditions de travail augmentent encore la très nette pénurie d’enseignants.
Malgré tout cela, on trouve, aujourd’hui encore, des jeunes qui ont gardé intacte cette flamme et décidé à faire de l’enseignement leur profession d’avenir. Parmi ces jeunes, il y a Gabrielle, une jeune institutrice, qui commence cette année, son vrai baptême du feu, en qualité d’enseignante.

N’est-ce pas surprenant de voir encore des jeunes tels que vous, s’intéresser à l’enseignement ?

L’attrait pour l’enseignement demeure toujours ; bon nombre de jeunes étudiants continue de s’intéresser à cette profession. A mon avis, les pénuries que connaissent nos sociétés ne sont donc pas attribuables au manque de relève. On se doit de chercher ailleurs si l’on souhaite trouver la source du problème.
En tant que nouvelle diplômée, je peux facilement confirmer que plusieurs étudiants en éducation terminent avec brio leur cursus scolaire et se retrouvent en possession de tous les titres pour exercer. Les choses se compliquent un peu lors de l’entrée sur le marché du travail. A mon avis, on ne reconnaît pas toujours la profession à sa juste valeur. Les enseignants sont constamment épiés, on les critique beaucoup et on se donne un droit de regard quant à leur travail, un droit de regard qu’on ne s’accorderait pas avec une autre profession.
Est-ce que, en visite chez le dentiste, vous permettriez-vous de dire à ce dernier comment faire son travail ? Règle générale, la réponse est non parce que vous jugez, à raison, ne pas avoir les connaissances suffisantes pour le faire. Je crois qu’il devrait en être de même pour la profession enseignante.
Il est important de se rappeler que les enseignants ont suivi une formation ardue et complexe qui les rend compétents à former les citoyens de demain. La société s’immisce beaucoup trop et impose une façon de faire les choses ; les enseignants ont beaucoup moins de liberté professionnelle.
Après avoir discuté longuement avec plusieurs enseignants d’expériences professionnelles diverses, je peux confirmer que cette pression constante est un élément difficile à gérer. A cause de cela, plusieurs changeront carrément de profession alors que d’autres tenteront d’obtenir un autre poste. Au Québec, il n’est pas rare de voir des enseignants qui se recyclent et qui deviennent conseillers pédagogiques ou qui travaillent au ministère.

D’où vous vient votre vocation d’enseignante ?
Je trouve la question très bien formulée. Je pense effectivement que pour être enseignant, il faut avoir la vocation. Du moins, c’est la présence de cette vocation qui différencie les enseignants des bons enseignants. Je ne pense pas que l’on puisse exercer cette profession toute une vie durant sans avoir la vocation. En ce qui me concerne, j’ai toujours voulu être enseignante. Je ne me souviens même pas de m’être posée la question, lorsque le temps est venu de m’inscrire à l’université. (il est à noter que les écoles normales ont été abolies au Québec et qu’il faut suivre une formation universitaire de 4 années pour devenir enseignant).

De par vos voyages, vous avez fait des expériences aussi bien en Suisse qu’au Canada, d’après vous, l’approche des enseignants est-elle différente ?
J’ai complété ma formation au Québec et j’ai acquis toute mon expérience en tant qu’enseignante dans ce pays. Il est donc difficile pour moi de répondre à cette question. Il pourrait cependant être intéressant de mentionner que l’actuel programme d’éducation québécois se base sur une réforme Suisse qui a été abolie à la suite d’une consultation populaire (canton de Genève). Il faut dire qu’il ne s’agit pas d’une copie exacte, mais, lorsqu’on prend connaissance des deux programmes, on se rend compte rapidement des similitudes.
Le Québec a emprunté plusieurs valeurs éducatives à la Suisse, notamment la pédagogie différenciée. Plusieurs Suisses ont, par le fait même, influencé l’actuel système scolaire québécois, notamment Perrenoud, pour ne nommer que ce dernier.

Que pensez-vous de l’opinion populaire en Suisse qui estime que les enseignants sont les privilégiés de notre société car ils travaillent moins de 25h par semaine, gagnent plus 6000 CHF par mois et bénéficie de près de 4 mois de vacances par année ?
Peu importe l’endroit dans le monde, je pense que le salaire et les avantages qu’ont les enseignants sont toujours source de discussions. Au Québec, les gens tiennent sensiblement les mêmes propos qu’en Suisse. Ces derniers manquent souvent de connaissance de la profession enseignante pour se permettre de tels propos. Je pense que cela revient à dire ce que j’ai mentionné plus haut. On se permet beaucoup de critiques qu’on ne se permettrait jamais pour une autre profession.
Je n’ai pas trop envie de tomber dans l’éternel débat, mais je conseille simplement à tous ceux qui continuent d’entretenir ces vieux clichés, de s’informer davantage. Les enseignants travaillent beaucoup plus que les heures déclarées. Quand on choisi cette profession, on ne compte plus les heures. Peut-être qu’officiellement l’enseignant est rémunéré pour ces 25 heures de travail, mais officieusement, les enseignants ne comptent plus les heures supplémentaires qui ne sont pas payées.
Nous n’avons qu’à penser aux heures passées à planifier et préparer les cours ou à corriger. De plus, il ne faut pas perdre de vue que l’enseignant ne se limite pas uniquement à jouer leur rôle d’éducateur. Ils sont souvent les premiers intervenants sociaux. Cela fait donc en sorte que les enseignants accordent beaucoup de temps aux enfants en dehors des heures de classe. Avec la vocation vient bien entendu le désir absolu de voir nos élèves réussir.

A la veille de la rentrée de classe, comment vous sentez-vous et quels sont vos objectifs?

J’ai bien hâte d’entamer cette première année d’enseignement. Le contrat que j’ai obtenu cette année sera périlleux, puisque je ne serai pas titulaire d’une seule classe. Je devrai enseigner à plusieurs groupes de niveaux différents. Ce sera probablement une expérience de travail enrichissante et je pense que je serai beaucoup plus polyvalente à la fin de la prochaine année scolaire. L’objectif ultime est bien évidemment d’arriver à ce que chaque enfant réalise les apprentissages prescrits pour passer au niveau supérieur.

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