Témoignages – Septembre 2008

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Qui peut bien aimer les maths!
Par Araya Crosskill

Je n’ai jamais aimé aller au lycée.

Tout d’abord, le lycée m’a fait détester les dimanches – journées qui auraient pu sans aucun doute faire partie des jours de la semaine classés «sympa», le dimanche a même inspiré le chanteur Lionel Richie qui a chanté « I am easy like Sunday morning. »

Est-il possible que Richie ait fréquenté une école lorsqu’il était enfant? Les vendredis étaient super et même les samedis, mais les dimanches, ah non ! Ils n’avaient absolument rien de super. En tout cas pas en ce qui me concerne, dimanche me rappelait le lundi tout proche et mes devoirs qui attendaient patiemment et de manière répétitive d’être faits.

Mais, ce qu’il y a de pire, c’est que le lycée m’a fait détester les mathématiques.

J’aimais les mathématiques, tant que cela me servait à calculer l’argent qu’il me resterait après avoir acheté la dernière BD des X Men, mais en dehors de cela, toute forme de calcul ne me semblait pas nécessaire. Prenez par exemple la question ci-dessous ? Il est certain qu’elle est le fruit du cerveau tordu d’un professeur dont la seule intention est de gâcher le dimanche tranquille d’un enfant :

Un Train A, voyageant à 70 km heure quitte Westford pour Easford qui se trouve à 260 km de là. Au même moment, un Train B, voyageant à 60 km heure, quitte Eastford pour Westford.
Quand les deux trains vont-ils se croiser ? A quelle distance de chaque ville vont-ils se croiser ?

Et alors ? Qu’est-ce que cela peut bien nous faire? Pourquoi ne peut-on pas tout simplement appeler la gare afin d’obtenir ce renseignement. Pas le numéro ? Simple, le voici 00 800 TA MERE

J’ai cessé d’avoir la nausée en pensant à l’école à partir du moment où j’ai choisi d’étudier les arts. En Jamaïque, on doit suivre une filaire précise, c’est-à-dire soit on fait le choix « des fous », ceux qui aiment les mathématiques, ou à l’opposé on choisit les arts et on est regardé comme si on était en perdition sur un radeau entrain de transporter les œuvres complètes de Shakespeare.

Au vu du niveau de mon potentiel littéraire, la décision a été en ce qui me concerne facile à prendre.

Enseignant: Araya, qui était le héro de Moby Dick ?
Moi: La baleine !
Enseignant: Araya, comment une baleine peut-elle être le héro ?
Moi: Parce que les baleines ne font pas de maths.

Mes études de littérature m’ont bien sûr mis une étiquette de futur artiste affamé. Toutes les personnes apprenant par hasard que j’étudiais la littérature à l’université pensaient que je voulais enseigner. Ils me tenaient la main en me regardant les yeux pleins de pitié tout en me donnant une petite tape amicale dans le dos. Je pouvais lire leurs pensées :

« Une vie misérable t’attend, pauvre idiot, ne m’appelle surtout jamais pour me demander de te prêter de l’argent ».

Je n’ai finalement jamais découvert à quel point la vie d’un enseignant pouvait être miséreuse. Peu de temps après avoir terminé l’université, j’ai tout liquidé et je suis allé travailler dans une multinationale. Je sais ! Je sais ! J’aurais pu gagner ma vie en donnant des cours au prochain premier ministre jamaïcain, mais que voulez-vous? Prendre le bus toute ma vie et manger dans une boîte de conserve, très peu pour moi !

Et… comment ai-je su qu’un salaire d’enseignant ne suffirait pas à mon quotidien? Eh bien! Parce que j’ai étudié les maths, bien sur!

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