Témoignages – Novembre 2007

Posted in: Témoignages
Tags:

Les choses finissent toujours par s’arranger
Par Sabine Radde

sabine_radde Je suis née en 1986 en Suisse où j’ai grandi avec ma sœur et mes parents dans une maison à la campagne. J’avais 6 ans lorsque j’ai commencé l’école primaire. Mes parents et spécialement mon père voulait que je prenne conscience de l’importance d’une bonne éducation dès mon jeune âge. Mon père est né pendant la deuxième guerre mondiale en Allemagne et comme sa famille a perdu tout ce qu’elle avait, il a expérimenté la famine et le manque de presque tout. Il a gagné tout ce qu’il a aujourd’hui à travers son intelligence, une bonne instruction et la conviction d’avoir été bien éduqué. Je pense que cela est peut-être la raison – ou une des raisons- qui l’ont toujours poussé à mettre l’éducation à la première place.

En ce qui me concerne, il n’aurait pas même été nécessaire de me rappeler combien l’école était importante. J’étais intéressée par plein de choses et avide d’apprendre. J’ai toujours eu de bons résultats et exigeante envers moi-même. Je n’étais satisfaite que lorsque j’avais 6 sur 6 et je pouvais même pleurer lorsque j’avais 5 sur 6. J’aimais apprendre à lire et à écrire ; j’aimais les mathématiques et tout ce dont une personne a besoin dans sa vie de tous les jours. Mon futur était déjà tracé et je savais depuis toujours qu’un jour, j’irai à l’université.

Le système scolaire Suisse est très complexe avec différentes possibilités, mais je voulais choisir ce qui était le mieux pour moi et ce que j’aimais. En plus, j’étais sportive, je jouais du violon et de la flûte et j’ai pris divers cours dans des domaines différents. Quoi que j’entreprenne d’apprendre, j’y arrivais rapidement et aisément.

Bien que cela puisse sembler l’être, je ne pourrais pas dire que ma vie était plus facile que celle des enfants de mon âge. Ma famille était entrain de se décomposer lentement mais sûrement. Mes parents se disputaient de plus en plus souvent et ils ont finalement divorcé. Cela n’a pas été facile pour moi. J’étais toujours silencieuse, triste – malgré mon succès- et je n’avais pas très confiance en moi. Je réfléchissais constamment sur presque tout et je m’interrogeais beaucoup sur moi-même.

La Suisse est habituellement connue pour son niveau de vie élevé mais beaucoup de gens n’imaginent pas que la pression pour se réaliser soit aussi forte. La qualité de vie en Suisse est très élevée mais c’est aussi l’un des pays avec le taux de suicide le plus haut du monde. Sans une bonne instruction, trouver un emploi est très difficile et garder celui qu’on a, l’est aussi et cela vous met constamment sous pression.

A la fin, mon désir d’apprendre s’est petit à petit estompé. A l’école, nous traitions des sujets qui me semblaient de plus en plus inintéressants et j’étais convaincue que cela ne me servirait plus jamais dans ma vie. Très souvent, j’apprenais des tonnes de choses que j’oubliais immédiatement après avoir passé les examens. C’est de cette manière que j’ai vite perdu mon intérêt pour apprendre et spécialement ma motivation. Lorsque l’année fut écoulée et que j’eus fini mon école secondaire, ma motivation était à zéro. C’est pourquoi j’étais contente de faire une pause avant d’aller à l’université et je partis à l’étranger pour une année. C’était quelque chose que j’avais toujours voulu faire dans ma vie.

Je savais avant de partir pour Vancouver en septembre 2006 que le meilleur était à venir ; et je ne fus pas déçue. Passer du temps à l’étranger n’est pas juste valorisant pour sa carrière professionnelle et la possibilité d’avoir une bonne position mais cela favorise aussi une ouverture d’esprit et la découverte de beaucoup de choses dont on n’était pas conscient avant.

Apprendre l’anglais et aller vivre dans un autre pays m’a donné une nouvelle motivation. Tout ce que j’ai appris durant mon année à l’étranger est quelque chose que je suis capable d’utiliser pour plus tard dans ma vie. A Vancouver, j’apprenais et découvrais chaque fois quelque chose de nouveau et chaque jour était spécial avec son lot de surprise.

Cette année m’a permis d’élargir mon horizon de plusieurs manières. J’ai rencontré beaucoup de personnes que je n’aurais jamais rencontrées si je n’étais pas allée à Vancouver puisqu’elles venaient de pays, de milieux et d’éducation totalement différents ou encore d’expérience de vie et d’âges différents. Tout ce qui nous reliait était l’intérêt que nous avions pour un autre pays, une autre culture et une autre langue que la nôtre. Toutes les différences n’avaient pas d’importance à Vancouver, car là-bas, nous étions tous des étrangers et nous parlions tous une langue qui n’était pas la nôtre ; nous étions tous égaux et c’est pour cela que nous étions tolérants envers toutes les différences. J’ai beaucoup apprécié et cela m’a rendue plus confiante en moi-même.

Aujourd’hui, je pense toujours autant, mais je me pose moins de questions. Je suis plus relaxe et je prends la vie du bon côté. J’ai appris que toute chose fini par avoir un sens et que tout fini par s’arranger.

Cela fait maintenant trois mois que je suis de retour en Suisse, mais je n’aimerai pas rester ici toute ma vie. Je vais recommencer mes études à l’école polytechnique de Zürich. Je me demande si c’est vraiment ce que je veux faire depuis que j’ai découvert tous les choix que l’on pouvait avoir dans la vie et j’ai peur de reperdre ma motivation, mais ces études m’ouvriront beaucoup de possibilités et me permettront de choisir de multiples directions. Quel sera mon choix ? Je ne le sais pas encore, seul le futur nous le dira.

Change this in Theme Options
Change this in Theme Options