Chronique du Mois – Novembre 2007

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Différences et marginalité
Par Odilon Mbog

odilon2 Nous continuons ici la réflexion commencée au mois de juillet sur l’attitude à adopter en face de la réalité de l’existence des groupes, des catégories et de toutes les figures qui tendent à mettre des gens ensemble et à exclure les autres, de façon naturelle ou artificielle, et qui mettent en exergue l’impossibilité de vivre, ou tout simplement d’exister sans devoir se confronter à la notion et à la réalité de la différence et des différences.

La différence nous est apparue donc comme l’une des choses les plus fondamentalement liées à l’existence, de telle sorte qu’il est tout simplement impossible d’être ou d’exister, sans payer le tribut à la différence. Essayer seulement d’y penser fait venir le vertige!

Mais dès qu’on admet les différences et qu’il en existe, il faut se rendre au fait qu’il y aura toujours des frontières mettant, par rapport aux critères qui signent ces différences, les uns ensemble avec les autres, et sans aucun doute, tenant le reste en dehors du cadre ou du cercle dessiné par les contours du critère. Et de cela dépendent les choix, les sélection, les élections, et adoption et autres figures qui renvoient à l’analyse décisionnelle. Et selon qu’on est au-dedans ou au dehors, on est du côté utile ou à la marge.

La marge, c’est exactement un concept qui fait terriblement problème dans le monde actuel, donnant lieu à l’autre concept dont la force ne cesse de grandir et que certains voudraient pouvoir éliminer : la MARGINALITE. Mais si on peut arriver à supprimer le terme de tous les dictionnaires, est-il vraiment possible, est-il tout simplement pensable ou concevable de pouvoir éliminer la marginalité ?

C’est comme si on disait que l’on voulait supprimer et les différences, et les valeurs, et la capacité qu’a l’homme d’apprécier les êtres et les événements, de leur donner une valeur. Mais alors, il s’agirait de ramener tout au même, de nier la diversité dans la nature elle même, de gommer les différentes voies et vitesses de croissance culturelle, bref de nier l’altérité. En fait c’est beaucoup plus dévastateur qu’une bombe nucléaire intellectuelle. En effet il serait alors question d’agir tout au fond de l’intellect humain, pour extirper des profondeurs de son être et même de son pouvoir être originel, cette faculté qui fait de lui cet être, capable plus que tout autre, d’avoir une relation pensée, voulue, recherchée, souhaitée, ou exécrée avec les être. Et cela parce que l’homme est capable de donner sens et valeur à tout se qui est autre par rapport à lui-même, et donc de pouvoir volontairement ou non, se situer par rapport à autrui, que cet autrui soit une autre personne humaine, un groupe de personnes humaines, que ce soit des choses, des actes ou des faits, ou tout autre facteur qui appelle à une prise de distance ou à une constatation d’une distance effective, réelle, empirique ou conceptuelles, ou même sentimentale.

Dans l’univers, la terre est pratiquement un tout petit coin. Sur le globe, les terres émergées sont la fraction mineure. Parmi les animaux, l’homme ne représente pas grand-chose, et comme écrit Antoine de Saint Exupéry : Ils peuvent suffire sur une petite île du Pacifique. Et parmi les hommes, les races, les familles, les types, les cultures, l’histoire, forment avec d’autres, une infinité de critères qui nous rendent différents les uns des autres. Et souvent, selon que l’on constitue la majorité ou la minorité par rapport au critère qui fait le rapport avec les autres, on se trouve du côté utile ou du côté de la marge, on sent le poids de la différence, comme quelque chose qui opprime, quelque chose qui dérange et qui, au moins psychologiquement, se révèle souvent difficile à supporter, parce qu’on se voit renvoyée sur le visage, l’image de sa propre finitude, de la non possibilité d’avoir en soi tout ce qui peut être ne fût-ce que pour un temps, considéré comme valeur. Or la finitude est le propre de tout être, de tout existant, à moins qu’on ne soit l’Être, l’Exister même, l’Infini, Dieu. (Chacun y trouve ce qui correspond à son vocabulaire) ! Si la finitude est le propre de toute créature ou de tout être, tout le monde un jour ou l’autre, se trouve donc en marge, et même on se trouve toujours en marge. Au bout du compte donc, la marginalité fait partie des caractéristiques communes à tout et à tous, et peut-être le seul pour qui le critère de la marginalité n’existe pas, c’est Dieu; Mais encore ! Le Panthéisme le plus exalté ne pourrait pas en conclure
On retrouve alors dans tout son sens, la fameuse phrase des braves garçons de seconde :

« Il faut avoir le courage d’être comme tout le monde, pour n’être comme personne ».
Elle veut, dans ce cas, amener chacun à porter sa propre finitude, avoir le courage d’assumer sa propre différence, sa propre altérité, parce que c’est en cela qu’on est comme tout le monde et au delà ! Il faut avoir le courage de la marginalité pour assumer les différences.
Le courage dont il s’agit ici, n’a rien d’héroïque ou d’une supportation devant un phénomène social. Il est conscience d’un fait que l’humanité devrait prendre à son compte pour le vivre de manière justement humaine.
A cette marginalité humaine, nous consacrerons une prochaine chronique. Celle-ci devait servir à mettre le terme dans son cadre conceptuel, de façon à orienter un peu moins négativement la sensibilité devant les diverses sensations de marginalité qui, sans manquer se présentent dans la réalité de la vie humaine, et surtout dans les rapports sociaux qui, lorsqu’elles ne sont pas assumées, peuvent être la cause de tant de souffrances et même de catastrophes sociales

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