Chronique du Mois – Octobre 2007

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De nos jours, évitons de prendre quiconque pour un bon à rien
Par Moses Valentine Chukwujekwu*

moses2 Le monde devient de plus en plus un grand village. Plus que jamais les questions relatives à la coopération internationale, au respect mutuel et à la compréhension sont discutées dans tous les milieux de la société humaine. Le pape Jean-Paul II écrit : « Nous vivons dans un monde qui est de plus en plus interdépendant, les destinées et les problèmes des différentes régions sont tous liés» (1). Ou encore comme l’affirme F. Silota : « Aujourd’hui, il y a un désir ardent dans le nouvel ordre mondial ; un ordre qui garantit la paix, l’harmonie et la coexistence parmi les humains de toutes couleurs, cultures, croyances, langues et nations » (2). Le nouveau slogan, exprimé de façon explicite ou implicite, est devenu « malgré les différences, nous sommes semblables». Ceci a permis d’examiner les fondements de la société et de la vie et le résultat que nous avons constaté jusqu’ici a montré des différences indéniables qui constituent la ruche et la réserve des peuples.

En Europe par exemple, la chute du mur de Berlin, la dissolution de l’URSS et la crise des Balkans sont là pour nous rappeler le fait que la différence ethnico-culturelle ne pouvait pas être balayée pour toujours.

C’est pourquoi la société humaine s’est éveillée et a été obligée de reconnaître et apprécier les différents héritages culturels des peuples. M. Abdallah-Pretceille et L. Porcher affirment à ce propos : « les enjeux de l’interculturel sont devenus tellement aigus. Ils tissent notre identité, celle que nous ressentons et celle qui nous est conférée de l’extérieur (les deux étant, à l’évidence, fortement liées). Il n’est plus possible aujourd’hui de se rendre aveugle aux cultures multiples et pourtant puissamment identifiées. L’interculturel s’est imposé, non pas comme une réponse (qui serait le dogmatisme même), mais comme une interrogation partout et à chaque instant présente. L’interculturel est, désormais, notre vie…. » (3).

La bonne nouvelle aujourd’hui est qu’à la place de supprimer ou d’additionner ces cultures pour en faire une seule (la théorie du melting pot américain ou la politique d’assimilation française), – ce que les personnes qui ont un concept de globalisation erroné pensent que le monde doit être dirigé pour évoluer – les efforts on été concentrés vers les études, les élucidations et la compréhension de manière à ce que leurs « marques » distinctives puissent être déchiffrées, appréciées et encouragées. Ceci signifie selon le monde de R. Nolan que « nous devons traiter directement avec les différences à la place de le faire de loin » (4) se révèle exact.

Malheureusement – ceci est un peu démoralisant – que malgré les efforts louables qui ont été faits par la société humaine vers un effort de coopération, de compréhension et de respect mutuels, la mise en exergue de la différence fondamentale socioculturelles des peuples a dans une large mesure augmenter la fragmentation du monde, en engendrant un appel irrésistible vers une autonomie culturelle et tout ce qui lui est relié. F. Silota, à ce propos, constate que « le gouffre entre les peuples de différentes nationalités et cultures s’agrandit de jour en jour. Plus il y a de conférence sur le partenariat, la coopération et la solidarité, plus nous nous éloignons de ce nouvel ordre qui serait un monde d’égalité, d’unité et de justice » (5). Ceci nous a inévitablement conduit à la coupure des relations et à l’augmentation de la tendance aux conflits entre les peuples du monde. C’est une situation paradoxale et difficile à déchiffrer.

Il va de soi que la « re-découverte » ou plutôt le récent « engagement » pour le multiculturalisme ou l’inter culturalité est devenu, sans aucun doute, un plus pour la société humaine, mais a en même temps engendré pour beaucoup et dans bien des domaines ainsi que dans bien des pays une espèce de disharmonie dans la société. Pourquoi cela s’est-il produit ? Que doit-on en penser ? Comment peut-on expliquer cette situation? Cela ne semble pas évident, mais la réponse n’est pas difficile à trouver.

Nous pouvons résumer la situation par une parabole. Certaines personnes sont prêtes pour manger des omelettes, mais elles ne sont pas prêtes à casser des œufs. D’autres sont prêtes à casser des œufs, mais pas à faire des omelettes. D’autres ne sont prêtes ni à casser des œufs et ni à faire des omelettes. Mais selon notre point de vue, pour avoir une appréciation réaliste de la multi culturalité, tout le monde doit être prêt à casser des œufs, les œufs du clonage culturel, les œufs de la rigidité culturelle, les œufs de la perception d’une supériorité culturelle, les œufs des erreurs historiques de domination et d’impérialisme, les œufs du fanatisme culturel religieux, les œufs de différentes couleurs, les œufs des préjugés historiques, les œufs de l’hégémonie économico politique etc., et avec tous ces œufs, tous les peuples et les cultures du monde feraient des omelettes de respect mutuel, de considération mutuelle, de compréhension mutuelle, parce que les événements récents ont plus que jamais mis en évidence qu’il était important de savoir qu’aujourd’hui plus que jamais, il faudrait mieux éviter de prendre quiconque simplement pour un bon à rien. L’impérialisme n’a plus sa place dans le monde d’aujourd’hui ! Aucune personne, aussi insignifiante que nous pensions qu’elle soit ne doit être considérée comme une chose négligeable.

*Moses Valentine CHUKWUJEKWU écrit de Vernate (TI), Suisse. Il détient un Master en communication interculturelle (MCI) de l’Université de Lugano, Suisse.

1. JOHN PAUL II, Post-Synodal Exhortation, Ecclesia in Africa, n. 114.

2. F. SILOTA, Talk on the occasion of the Symposium CCEE-SECAM, Rome, November 10-13, 2004.

3. M. ABDALLAH-PRETCEILLE – L. PORCHER (1999), Diagonales de la Communication Interculturelle, 3-4.

4. R. NOLAN (1999), Communicating and Adapting Across Cultures: Living and Working in the Global Village, 1.

5. F. SILOTA, ibid.

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