Chronique du Mois – Août 2007

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L’éducation, passeport pour la civilisation
Par le Professeur André-Marie Jerumanis

André-Marie Jerumanis C’est ainsi que le Professeur Sabino Palumbieri définit l’éducation. L’absence d’éducation conduirait donc à la barbarie. Cette approche à l’éducation éclaire la signification étymologique du mot e-ducere qui signifie conduire dehors. Il s’agit d’une libération que le mythe de la caverne de Platon illustre parfaitement. Au fond l’éducation porte à la lumière ce qui est caché. Dans l’optique platonicienne et socratique, l’éducation advient à travers la maïeutique, c’est-à-dire à travers un dialogue qui permet d’”accoucher” de la vérité. Dans ce sens l’éducation se distingue de l’instruction. Que pouvons-nous retenir de cette manière de concevoir l’éducation?

Tout d’abord que l’enseignant s’il est vraiment éducateur ne se contentera pas seulement de transmettre un certain nombre de données, mais à travers l’instruction cherchera à conduire son élève à la compréhension en profondeur par l’intérieur des vérités enseignées. Il y a toujours un aspect subjectif dans l’accueil des notions transmises. Cet accueil dépend donc de déterminismes biologiques, culturels, psychologiques, spirituels. Un bon éducateur saura en tenir compte. Il est vrai que pour la transmission de notions en science exacte, on pourrait penser pouvoir se passer de l’aspect subjectif. Et pourtant, même en mathématique la pédagogie de l’enseignant est un élément non négligeable. L’aspect objectif de n’importe quelle science sera toujours à considérer dans le cadre d’une épistémologie relationnelle.

D’autre part, l’éducateur ne pourra oublier l’aspect objectif de son enseignement. Il est vrai que nous sommes habitués à parler d’objectivité pour les sciences exactes, avec une tendance à relativiser l’objectivité par exemple des valeurs à transmettre dans un cours d’éthique ou encore dans l’éducation que les parents transmettent à leurs enfants. Et pourtant là aussi le bon éducateur tout en tenant compte de son interlocuteur devra transmettre des valeurs, qui ne sont pas seulement des opinions possibles, mais qui dans la mesure des connaissances actuelles sont des vérités. On ne peut éduquer à partir de l’approximatif. La raison nous enseigne l’existence de la vérité. De tout temps la question de la vérité a suscité le questionnement de l’homme. Existe-t-elle? Peut-on la connaître? Doit-on être sceptique? Peut-on vraiment douter de tout? L’époque postmoderne actuelle parle de pluralité de vérités, à cause d’une conception de la raison qui souvent ne croit plus dans ses propres capacités de connaître le vrai, le bien et le beau. Et pourtant nous pensons qu’on ne peut nier l’existence de valeurs universelles comme l’amour, la justice, le pardon, le don de soi. Il est absurde de dire que tout est relatif ou culturel, et dans l’enseignement se comporter comme si la vérité n’existait pas. L’être humain ne peut vivre sur les sables mouvants du scepticisme et du relativisme. Il a besoin de vérité de la même manière que de nourriture! L’éducateur lui-même devra être un chercheur de vérité capable de transmettre la soif de la connaissance de ce qui est vrai. L’honnêteté intellectuelle le requiert. Il s’agit d’une question de justice envers l’élève.

Eduquer sur la base préalable de la vérité, ne signifie en aucun cas exclure la possibilité d’une croissance ultérieure dans la connaissance, ou encore se fermer à tout dialogue. Un bon éducateur saura ouvrir l’esprit de son interlocuteur au dialogue avec la position d’autrui. C’est d’autant plus nécessaire dans le monde multiculturel contemporain. Le fameux dogme de la tolérance ne signifie pas abdiquer devant la vérité ou la recherche de la vérité, mais accepter d’écouter l’autre, essayer de le comprendre, mais aussi si nécessaire chercher à l’éclairer. La tolérance comme respect de la conscience de l’autre est une valeur. Mais la tolérance n’exclut pas le droit à partager “ses” vérités. De même le dialogue doit pouvoir se faire sur une base rationnelle. L’être humain en tant qu’il est homme est doté d’une raison. Et c’est au nom de cette raison, qu’il peut communiquer avec autrui. Exclure la raison, c’est se condamner à vivre dans un monde de “fou” ayant perdu la “raison”.

L’éducateur chrétien dans la mesure où il est vraiment chrétien ne pourra abdiquer devant la question de la transmission de ses valeurs. Le chrétien est convaincu que la raison est un don de Dieu, et qu’il doit s’en servir. Le chrétien pourtant n’oppose pas sa conception de la raison à Dieu qu’il considère le Logos du monde. Dans son dialogue avec d’autres religions, ou avec le monde sécularisé contemporain, l’éducateur chrétien tentera de montrer le bien fondé d’un certain nombre de valeurs fondamentales qui appartiennent à la nature même de l’homme. Au non-croyant, il rappellera la valeur absolue de la vie humaine, la dimension relationnelle de son être, et l’invitera à considérer le monde comme porteur d’un message à déchiffrer. Au croyant d’une autre religion, l’ouverture à Dieu pourra être le point de départ pour un service en faveur de l’humanité. En aucun cas, la religion ne devra porter à la violence. Quelque soit la religion, si elle porte au fanatisme, elle devient contre témoignage. Les exemples dans l’histoire du passé mais aussi contemporaine, nous en montre les effets dévastateurs. A ceux qui voudraient établir une équation entre religion et violence, il convient de répondre que le nazisme et le communisme sont le fruit d’un fanatisme “laïque” qui a conçu l’homme sans Dieu et contre Dieu. La laïcité lorsqu’ elle devient laïcisme, elle aussi est une violence contre l’être humain…

A notre humble avis, il convient de promouvoir dans l’éducation, la valeur de la raison “aimante”. Seule une raison “aimante” sera capable de conduire l’humanité en dehors de la folie meurtrière de l’égoïsme…Une raison uniquement calculatrice conduira l’humanité à un nouveau totalitarisme où l’être humain sera sacrifier sur l’autel du rendement et de l’eugénisme….L’éducation peut dans cette optique être considérée comme passeport pour la survie de la civilisation future…

Prof. A.-M. Jerumanis

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