Chronique du Mois – Juillet 2007

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Il faut avoir du courage
Par Odilon Mbog

Odilon Mbog « Il faut avoir le courage d’être comme tout le monde, pour n’être comme personne »
Cette phrase me renvoie aux lointaines années de mon école secondaire, aux années des classes de troisième et de seconde, quand nous nous délections de belles formules, de citations latines ou de formules qui nous éblouissaient pour leur profondeur, véritable et supposée, ou tout simplement retenue pour telle, vu notre âge à l’époque et vu le niveau intellectuel qui était le nôtre. Pourtant cette phrase précise me revient ces derniers temps avec une insistance entêtée, et au moment où je me décide pour cette contribution au travail de réflexion de cette noble entreprise d’éducation, elle s’impose littéralement, eu égard au sujet que je voudrais aborder ici.

« Il faut avoir le courage d’être comme tout le monde pour n’être comme personne ».
Cette phrase que nous nous l’envoyions au visage, traduit en fait un état d’esprit ; aujourd’hui, j’en viens à me demander si elle traduit la mentalité qui était la nôtre dans ces années de jeunesse, ou peut être c’était une conséquence intellectuelle du milieu où nous vivions. Parce que, dans un internat, vivant ensemble avec ceux qui étudiaient la philosophie en terminale et qui passaient beaucoup de temps à discuter des thèmes philosophiques, les cadets, nous aussi, nous aimions bien trouver de ces phrases qui nous fassent penser que nous n’étions pas trop loin d’eux et de leur niveau.

Mais nous nous disions ces mots, pour réveiller ceux qui s’endormaient dans un désir un peu malencontreux, au moins à notre avis, de se montrer différents, de ne pas faire comme les autres : un véritable culte de « l’être à part ». Donc la tendance était à mettre les particularités propres en avant, à montrer qu’on était unique, différent. Malheureusement très souvent on devait se rendre compte qu’on était comme tout le monde, bêtement ordinaire. Il fallait donc vivre le quotidien de tous, faire les activités, s’habiller comme tous, et vu le milieu, ne pas se essayer de faire l’ange. Donc en fait, il valait mieux apprendre à être à la mode alors que nous en avions une aversion profonde. On se sentait quelqu’un quand on se savait ou on se croyait unique.

A l’inverse, Aujourd’hui, il semble que tout le monde soit obligé d’être et de faire comme tout le monde pour se sentir une quelconque valeur, et tant qu’on ne se sent pas partie d’une bande, on se croit nul, comme les jeunes aiment bien à le dire. On est donc passé de l’être en dehors pour être quelqu’un, à l’être ensemble pour être quelqu’un. Il se dégage ainsi un rapport assez ambigu et paradoxal avec la particularité. Est-on particulier en se tenant à part ou en se coulant dans l’ensemble ? A quel moment s’affirme-t-on vraiment ? Seul ou en bande ?

Ce qui est certain, c’est qu’il n’est pas possible de ne pas se définir par rapport au groupe, ou par rapport à la majorité. Et cette définition, selon les époques ou les circonstance, est positive ou négative dans un cas ou dans l’autre. Et en même temps, les critères qui font le groupe ou la majorité ne sont pas étrangers à la valeur qui est donné au fait d’y appartenir, de s’en écarter, ou plutôt d’en être écarté, volontairement ou tout simplement pour un fait naturel ou culturel, dans le sens le plus large du terme, qui font qu’on ne puisse pas faire partie du groupe ou de la majorité. Il est donc question de deux facteurs principaux quand on se situe par rapport à un groupe, et surtout pour la valeur que l’on peut donner à l’être dans ou hors du groupe.

Quand on donne une évaluation négative sur le groupe, à ses critères d’appartenance et aux conséquences que comporte le fait d’y appartenir, ceux qui se trouvent en dehors sont honorés et respectés. Inversement si le groupe est plutôt porteur de critères de noblesse ou communément recherchés ou estimés, alors se retrouver en dehors pèse comme un joug et on combat pour rentrer au sein du groupe ou alors on combats pour distendre les critères, jusqu’à ce qu’on puisse trouver sa pace à l’intérieur du groupe. Une autre manière peut aussi s’observer, celle qui consiste à dénigrer les critères ou les valeurs qui définissent le groupe, de façon à en créer des concurrents qui puissent faire naître une autre majorité, antagoniste à la première, ou de façon à ce que, les deux systèmes de valeurs s’annulant, les barrières qui servaient à distinguer ceux du dehors et ceux du dedans perdent leur teneur, et que tout se confonde, et tous se retrouvent dans la même enceinte, et que l’on ne ressente plus aucun type de poids dans le regard que l’on porte sur soi, ou dans celui des autres.

On entend souvent des gens dire qu’ils n’ont rien à faire de ce que pensent les autres. Mais est-il vraiment possible de ne pas tenir compte du regard que les autres portent sur nous ?

Ma réponse à moi est clairement négative. Car le dire signifierait vouloir dire de soi-même qu’on est aveugle, sourd, et sans aucun sens et sans le moindre organe de sens. Car tout ce l’on a pour se mettre en contact avec le monde et pour exister au monde, parle de la différence et des différences. Et il n’est pas possible qu’on soit tous pareils, ou que l’on puisse gommer les différences, de quelque nature qu’elles soient, car en fin de compte, il n’est même pas possible de déterminer combien de types de différences et combien de natures de différences il existe. Là où on n’en trouve pas aujourd’hui, il peut en surgir demain, et chaque fois cela dépend de l’évaluation positive ou négative, grave ou légère que l’on porte sur les personnes, sur les choses, sur les événements et sur les faits de l’histoire et de la vie de tous les jours. Mais surtout, il n’est pas possible que l’on vive sans la moindre conscience de la différence.

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