Chronique du Mois – Mai 2007

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Le Respect, la Raison et la Critique dans les salles de classe Modernes
Par Gordon Vanstone

Gordon Vanstone « L’éducation peut-être utilisée comme un instrument pour faciliter l’intégration des jeunes générations dans le système en place et se conformer à la société ou au contraire devenir un endroit qui nous apprend la liberté, c’est-à-dire le moyen par lequel les hommes et les femmes peuvent se servir d’une façon critique et créative de la réalité et découvrir comment participer à la transformation du monde.  » (Paulo Freire)

Dans le monde actuel, nous faisons tous partie d’un « Grand Village » et ce village devient chaque jour plus petit car la technologie, la politique et l’économie réduisent l’espace entre nous et augmentent les interconnections entre les différents pays du globe.
L’apprentissage de la lecture, de l’écriture et des mathématiques qui ont été très longtemps la base de l’éducation en milieu scolaire, préparent-ils encore les élèves à participer activement et à être productif dans ce « Gand Village » qui est le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui ? Je ne veux pas diminuer ou minimiser l’importance de ces connaissances de base dans l’éducation, mais nous pourrions y introduire des choses aussi importantes que le respect, la raison et la critique. Ils doivent faire partie des compétences de chacun et être enseignés dans toutes les salles de classe modernes. Les salles de classe devraient être l’endroit par excellence où les étudiants sont encouragés aussi bien à partager des idées que d’émettre des critiques et débattre de différents sujets. La connaissance ne devrait plus être une chose intégrée une fois pour toute et qui ne peut plus changer, mais devrait au contraire être sans cesse remodelée dans un environnement démocratique qui attache une grand importance aux valeurs tels que le respect, la raison et la critique.

A l’école traditionnelle, les élèves étaient comparés à des coques creuses qui devaient être remplies de connaissances données par l’enseignant. Les étudiants ne participaient pas de manière active à l’apprentissage de la connaissance. Il leur était au contraire demandé d’accepter et d’intégrer passivement les informations données par leurs professeurs. Cette méthode donne à l’élève un grand nombre d’informations qu’il est capable de répéter comme par exemple des noms, des dates ou des formules, mais quel bénéfice l’individu et la société dans son ensemble en retirent-ils ? Aucun, seul la critique favorisée lors de l’acquisition de connaissances peut apporter un bénéfice. Le rapport traditionnel enseignant – étudiant n’est plus possible si la raison et la critique sont stimulées, car pour que cela soit possible, il faut que l’enseignant travaille main dans la main avec l’élève afin que tous deux participent de manière créative à l’apprentissage mutuelle de la connaissance. Dans ces salles de classes modernes, la connaissance est quelque chose qui doit être remise en cause, individualisée, car ceci est nécessaire à tout changement positif. L’enseignant n’est pas au-dessus de ses élèves, mais il est enseignant et élève à la fois tout comme l’élève est élève et enseignant.

Les classes pour adultes où j’enseigne à l’ESL m’ont permis de comprendre la valeur d’une classe dirigée de manière démocratique. Les étudiants viennent de différents horizons et chacun nous fait partager ses propres perspectives, ses expériences et ses croyances. Les étudiants formés dans une école traditionnelle ont au départ de la peine à partager une opinion ou une expérience personnelles. Ils sont étonnés, déconcertés que l’on puisse considérer leur point de vue comme important, car c’est en principe la tâche du professeur et lui seul est supposé être détenteur du savoir. Nous constatons cependant qu’après avoir observé d’autres étudiants s’exprimer et défendre leur opinion, même les plus réticents commencent à s’ouvrir. Ils découvrent très vite que l’on tient compte de ce qu’ils disent et que cela est finalement utile à tous, car c’est ce qui permet aux collectivités d’évoluer et d’apprendre à mieux se comprendre. Ce que nous pouvons observer par la suite est un mélange de respect et d’intérêt de la part des étudiants. Ils découvrent des points de vue qui divergent ou qui sont même opposés au leur et à leur propre expérience. Toute prise de position individuelle peut-être remise en question et modifiée puisque nous sommes tous égaux sur le chemin de la connaissance. Ce genre d’environnement est aussi enrichissant pour le professeur et il me semble que bien des fois, j’ai, en tant qu’enseignant, beaucoup plus appris que mes élèves

Certains diront : « Ce type d’enseignement peut fonctionner avec des adultes, mais pas avec des enfants, car ils ont besoin d’être guidés ». Mes deux années d’expérience dans un jardin d’enfant international m’ont prouvé le contraire. Je peux citer de merveilleux exemples d’enfants impliqués dans l’apprentissage du « savoir démocratiques ». J’ai vu des enfants entre 5 et 6 ans créer des règles pour les jeux qu’ils avaient inventés en échangeant leur point de vue et en recherchant ensemble les meilleures solutions pour qu’ils puissent jouer tout en assurant un traitement juste pour tous les participants.
J’ai pu constater ce type de comportement pratiquement chaque jour et ceci m’a permis de comprendre que la création, la connaissance, la justice sociale et la raison démocratique sont innés chez l’humain. Ce sont les structures de la société (l’éducation, l’école), qui agissent et oppriment cette faculté innée au départ. Un jeu d’enfant est capable de nous rendre compte de ce que nous avons perdu tout au long du temps et ce qui reste tout de même le plus important aujourd’hui.

Dans le monde moderne, il y a de nouvelles donnes et nous sommes confrontés à des interconnexions complexes. Les citoyens du monde qui sont capable de manipuler et d’utiliser la connaissance pour le plus grand bien et le changement positif de la société sont de la plus haute importance. On ne peut pas y arriver en transmettant une connaissance figée d’un professeur à son élève. Les salles de classe doivent au contraire se concentrer et encourager nos dispositions naturelles vers la pensée individuelle, la critique transformatrice du savoir et l’application de la connaissance à visée humanitaire pour qu’elle fleurisse. Les étudiants doivent avoir un environnement ou leurs compréhensions et expériences sont valorisées et utilisées comme référence dans nos salles de classe.

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