Témoignages – Avril 2007

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Une vie, un destin
Par Sylvia Philomin

Sylvia Philomin 1973, je quitte la Guyane accompagnée de ma sœur aînée et de mes parents et respire déjà l’horizon de la France où m’attentent les premières prémices d’une maturité bien précoce. Bien trop vite, les parfums de l’innocence se dissipent et laissent place au chaos hermétique du monde adulte. En effet, les éclaboussures des maux de l’adolescence agrémentent le quotidien familial d’un parfum douloureux. Ma sœur aînée, séparée de notre grand-mère dont elle a bénéficié de l’affection durant les quatre premières années de sa vie exprime son vif désarroi déchirant, avec toute la vigueur de la véhémence juvénile. Du haut de mon jeune âge, je comprends qu’il faut me mettre en retrait et laisser un espace d’affection plus généreux afin que ma sœur se sente plus aimée et soutenue par mes parents : Ici commence ma première leçon et expérience de vie : observation, empathie, considération, recul, révolte contre les grands qui à mon sens ne comprennent rien.

Quelques années plus tard, ma sœur décède des ses blessures affectives. Elle s’éteint doucement et silencieusement à quelques mètres de ma chambre. Je vois naître dans ce départ si cruel un autre versant de la maturité des grands : La vie et la mort ne peuvent que cohabiter et elles ont toute deux une puissance l’une sur l’autre. A 14 ans à peine, la vie me lance dans un salut désinvolte qu’elle prend ce qu’elle veut quand elle le veut et à tout moment. Aucune lumière d’un adulte n’est venue adoucir ce nouveau chapitre si lourd à assimiler. Mais maintenant, je connais la différence entre le sommeil et la mort. Mais déjà si tôt, la vie me voulait plus grande encore! Alors je prends ces enseignements les uns après les autres ! Je ne sais trop comment mais je me montre studieuse, parce que tout cela n’arrive pas par caprice du destin et à chaque vague tempétueuse je reste debout ! Tiens ? Debout ? Eh oui, voici arrivé mes 16 printemps peu fleuris où je suis debout toutes les nuits, tout les 3 heures biberons dans une main et un adorable bipède gazouilleur dans les bras. Et ça c’est un bonheur qui génère des heures de sommeil sur les bancs du lycée. Ah ! Je l’attendais cette interrogation ! Mais comment ce petit être humain de quelques centimètres de douceur a-t-il pu se trouver dans mes bras juvénile ? Cadeau de la vie apporter par maman ; enfin presque. Sa sœur atteinte de schizophrénie grave vivait en concubinage depuis quelque temps. Cette relation aboutit à l’apparition impromptue de ce petit ange innocent. Ces parents ne sont pas mariés, donc le père ne peut avoir l’autorité parentale, et ma tante sous l’influence de son incapacité mentale ne peut assumer son merveilleux rôle de mère. Alors, maman décide de prendre sous son aile ce trésor inattendu en attendant que sa sœur aille mieux. Mais voilà, la Grande Dame qu’est la vie choisit ce moment idéal pour remettre en route son orchestre. Et quelle sonate me joue-t-elle ? Celle de la maladie ! Et voilà, accompagnée d’une maladie orpheline maman sifflote les notes de la souffrance au quotidien ! Et moi je prends le relais. Si maman sifflote, moi j’apprends mes différents rôles comme on me les attribue. Je suis tour à tour, maman, femme au foyer, lycéenne par correspondance, femme active à la bibliothèque de l’école primaire de mon village. Et papa constitue le petit pactole familial à quelques 100 Km de la maison. Départ le matin à cinq heures, retour le soir à dix-huit heures. Je vous laisse entrevoir là, le panier garni de toute la maturité qu’offre un tel enseignement. Alors là, je souffre. Mais je suis prise dans un tourbillon qui m’entraîne avec lui et m’interdit toutes réflexions sur ma condition, et cela, fut durant cinq ans ma soupape de sécurité. Durant ces longues années de batailles juridiques, familiales et personnelles, il me semblait que la spirale ne s’arrêterait jamais. Et j’ai cru apercevoir un souffle d’air dans cet horizon bien brumeux. L’état de santé de maman n’évolue plus, il se stabilise. Je viens d’obtenir mon baccalauréat que j’ai préparé par correspondance et je décide donc de m’inscrire à l’université la plus proche qui se trouve à 1h30 de la maison. Je rentre tout les week-end et au fur et mesure que je constate que maman y met beaucoup de bonne volonté, mais son corps n’a plus de ressort. Un peu avant la fin d’année universitaire je reviens à la maison en espérant rentrer dans la vie active. Je passe un concours d’aide soignante que je réussi. Et là, devinez ? Les caprices de la vie se manifeste ! Sur un intervalle de deux ans me voilà hospitaliser et immobiliser pendant 8 mois pour la 1ère années et 6 mois pour la seconde. Adieu ma formation ! Enfin, j’en sors. Mais pas de chance, je serais chômeuse pendant quelque temps. J’accepte plusieurs contrats de travail à durée déterminée quand finalement je me rends compte que tous ces travaux où l’on brasse de la paperasse ne font pas mon bonheur professionnel. Finalement, il me paraît évident que je préfère de loin les relations sociales et surtout celle qui concerne les personnes en situation de détresse face à la maladie ou face au handicap : Et oui, j’aime bien m’occuper de ceux qui en ont besoin. Aussitôt dit, aussitôt fait, je postule pour un poste d’auxiliaire de vie auprès d’une personne atteinte de deux handicaps physique et ce fut la première d’une longue série triste, éprouvante, mais tout cela me paraissait léger et dans l’ordre des choses tant j’y étais préparé… Et finalement, c’est durant ces moments ou j’oeuvrais pour le confort de santé moral et physique de toutes ces personnes que j’utilisais touts les outils et toute la maturité que j’avais acquis si jeune. A 22 ans, mes employeurs m’attribuaient d’office des postes à responsabilités ou je travaillais en collaboration étroite avec des médecins et des infirmières. J’ai tout d’abord commencé en assurant les accompagnements en fin de vie de personnes condamnées par la maladie et là encore je ressentais tout le bénéfice de mon parcours et j’en étais plus que satisfaite. Mais qui peut dire qu’il ressent vraiment une satisfaction des ses souffrances ? Il est évident que j’aurais souhaité être étrangère à certain évènement, mais j’ai enfin saisi le sens et peut-être même l’utilité de ce vécu passé qui me nourrit au présent. Et voici l’aboutissement : en janvier 2006, j’espère ouvrir à Lyon, un institut de soutien moral et de maintien en forme pour les personnes atteintes d’une longue maladie ou de grave maladie, les personnes handicapées et leurs familles. Au programme : maintien en forme par le modelage aux huiles essentielles et des soins esthétiques, soutien moral par l’expression oral autour d’un déjeuner ou d’un dîner ou de sorties bien sympathiques et permanence téléphonique un week-end sur deux.
C’est drôle, quand j’y réfléchis je me dis que je n’aurais probablement pas eu le gabarit nécessaire pour cette aventure si la vie ne m’avait pas enseignée et enrichie de façon si particulière. Et puis, je ne lui en veux pas tant que çà, puisque finalement, de galère en galère j’ai eu raison des pirates et j’ai tout de même fini par trouver l’île qui me convient !

Sylvia
Guyane

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