Témoignages – Mars 2007

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Poursuivre ses études ailleurs, c’est naître à nouveau!
Par Rita Sayah

Rita Sayah L’avion de la Middle East Airlines atterrit sur l’aéroport de Genève marquant le début d’une nouvelle aventure. Oui, je m’apprête à une expérience inédite dans un pays considéré parmi les pays les plus luxueux au monde. Un sentiment de peur et de joie m’envahit à la fois. Comme tout être humain, j’ai peur de l’inconnu mais je sais que cet inconnu me cache de bonnes surprises.

Biographie
Accueillie par mon frère qui habite Genève depuis dix ans, je me sentais entourée d’un air de ma famille.
Je suis descendante d’une famille libanaise composée de mes parents, de deux frères et d’une soeur. Mes deux frères ont choisi la Suisse pour suivre un doctorat et s’y installer et ma soeur s’est envolée vers la Nouvelle-Zélande pour rester proche de son mari. Une famille aux quatre bouts du monde.
Mon cas était plutôt similaire à celui de mes frères. Je suis titulaire d’une licence en traduction de l’Université Libanaise et d’un master en Journalisme francophone de l’Université Paris II en collaboration avec l’Université Libanaise. Ayant obtenu une bourse de la confédération suisse, j’ai choisi de compléter ma formation de traductrice et de journaliste au Liban avec un Master en sciences de la communication et des médias à l’université de Genève. La décision de changer ma vie, mon pays, mes amis, ma nourriture, mes habitudes et mes pensées résultait d’une expérience éducationnelle et professionnelle en même temps.

Travail
Fascinée par le monde de la nutrition, j’ai été engagée à l’issue de mes études au Liban par un mensuel culinaire arabophone d’une grande renommée dans les pays arabes. Pendant deux ans, je me suis donnée en plein à mon travail bien que l’expérience me dépasse parfois. Je faisais ce qu’on appelle le « One Man Show » car toute la préparation de chaque publication reposait sur mes épaules, mais, j’avais une joie et un enthousiasme incroyables. Des circonstances défavorables ont amené ce mensuel à s’arrêter et avec lui s’arrêta ma production. Je me sentais émotionnellement attachée à mon travail et le choc fut rude.

Une flamme d’espoir s’alluma avec l’Union Européenne pour laquelle j’ai travaillé comme interprète pour des observateurs. Dès lors, l’idée de continuer mes études en Europe m’a beaucoup séduite et je me suis retrouvée dans la salle d’attente de l’ambassade suisse déposant un dossier de bourse.
Entre-temps, ma vie professionnelle était redevenue complètement active. J’étais secrétaire à la rédaction d’un magazine de décoration anglophone le jour, et assistante à la rédaction dans un programme de téléréalité (The Biggest Loser adapté au monde arabe) le soir.
Ce dur rythme de travail m’a pavé le chemin vers l’acquisition d’une bonne expérience professionnelle et m’a permis en même temps de développer une personnalité qui s’impose tout en respectant la liberté des autres.
Le premier avril 2006, check mail, eh ! surprise ! Réponse favorable pour une bourse d’étude en Suisse. Poisson d’avril ? Jamais, preuve en est, je suis à Genève.

L’heure H arrive!
Travailler dans mon pays d’origine, avoir mes parents, mes amis et mon environnement n’était pas une page blanche que je pouvais facilement tourner.
Le 12 octobre 2006, l’avion décolla et avec lui décollèrent tous mes souvenirs, mes amours, mes moments heureux et tristes, mais seul restait l’attachement à la patrie, la fidélité à la terre qui m’avait élevée, à l’eau qui m’avait rassasiée et à l’air qui m’avait embellie.
Le Liban, nommé jadis « Suisse de l’orient » envoie un disciple pour prouver que même les pays en conflits intérieurs ont l’occasion de fleurir et faire évidence d’une éducation hautement élaborée.
Depuis la nuit des temps, le Liban, ce pays combattant pour la liberté et la souveraineté, délègue des pensées et des penseurs pour montrer son vrai visage. C’est l’image d’ouverture, de culture et d’intellectualité

Liban, merci.
Merci de m’avoir donné cet esprit d’ouverture, merci de m’avoir envahie de l’air méditerranéen, chaleureux, accueillant, puisant d’amour et d’espoir. Merci de m’avoir formée à l’adaptation et à l’acceptation de l’autre.

Le retour attendu
Quand j’ai quitté mon pays, je me suis faite la promesse du retour. Le retour après avoir décroché un diplôme européen qui me qualifiera et me distinguera de mes collègues. Mais le prix du retour ne sera pas facile. Il faudra endurer deux années d’éloignement, d’études et de solitude parfois afin d’aboutir au but souhaité. Pourtant, je considère cette expérience comme un enrichissement personnel, comme un partage de moments, d’idées et de conversations. J’essaierai donc de prendre le bon exemple de la société occidentale pour l’appliquer dans mon pays et moi, je vais offrir en échange au monde occidental qui a perdu le sentiment de chaleur et des rapports humains, un cadeau d’amour, d’hospitalité et de relation humaine.

Par RITA SAYAH

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