Evénements – Mars 2007

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Regard sur l’égalité hommes – femmes

Viviana Meschitti

Longtemps niés, les droits des femmes ont lentement progressé. Aujourd’hui dans la grande majorité des pays, l’égalité entre les hommes et les femmes est inscrit dans la Constitution. Malgré des décennies de luttes et des avancées significatives, les femmes restent encore trop souvent victimes de nombreuses inégalités, de harcèlement et parfois de violences.
Au travail, à la maison, les différences entre les sexes demeurent profondes et les stéréotypes ont la vie dure. C’est pourquoi, en prélude à la journée internationale de la femme, l’Association Education Sans Frontière a organisé en février dernier, dans la capitale camerounaise, une table ronde sur l’égalité avec pour thème:  » Femme et égalité des chances dans les pays sous-développés ».
Le but de cette table ronde était de promouvoir la prise de conscience par les femmes du rôle qui est le leur et de sensibiliser davantage les populations sur ce fait, car la réalisation de l’égalité entre femmes et hommes dans tous les secteurs de la vie et surtout dans le monde professionnel constitue l’un des enjeux majeur de nos sociétés. Pour mieux approfondir la question, notre rédaction est allée à la rencontre de Viviana Meschitti, collaboratrice scientifique au bureau sur l’égalité des chances à l’Université de la Suisse Italienne (USI).

Viviana Meschitti

Pouviez-nous nous présenter brièvement le service «égalité de chance»?

Le Service de l’égalité des chances entre hommes et femmes de l’Université de la Suisse italienne (Servizio gender USI) est né en 2001 grâce au soutien du programme fédérale «Égalité des chances dans le domaine universitaire», promu par la Confédération suisse.
Plusieurs statistiques et recherches conduites pendant les années 90’ ont montré que la situation des femmes sur le marché du travail suisse n’est pas encore satisfaisant: dans les universités aussi, surtout aux postes les plus élevés, la présence des femmes était presque inexistante. Il semble que les femmes, bien qu’elles soient préparées, ne réussissent pas à obtenir des places de travail appropriées à leurs compétences et capacités, et à être présentes au sommet des hiérarchies. Ce phénomène, qui est bien diffusé dans les Pays qu’on considère «développés», comme les Pays européens, est connu comme «plafond de verre», et est présent soit dans les universités, soit dans les entreprises publiques ou privées.
Pour améliorer la situations des femmes dans les Universités suisses, la Confédération, avec le programme «Égalité des chances», a permis la création de bureaux de l’égalité dans les Universités suisses qui en étaient dépourvues (la plupart des Universités suisses, comme Berne, Bâle, Fribourg, Genève, Zürich, avaient déjà organisé, dans les années 90’, ce type de service), et a décidé de financier des projets pour soutenir étudiantes, doctorantes, et chercheuses.
Par conséquent, le Service de l’égalité de l’USI a pour objectif de soutenir les femmes qui étudient et travaillent à l’USI avec des offres particulières et adaptées à chaque situation, et de maintenir un contrôle afin que toutes les règles en thème d’égalités des chances soient suivies par la direction, les facultés, les autres services, etc. La déléguée à l’égalité, Mme Barbara Balestra, est la responsable du bureau. Parmi les multiples tâches de la déléguée, nous pouvons citer le maintien des contacts avec la direction et les autres services de l’USI pour mieux déterminer des mesures efficaces au soutien des femmes; puis, le maintien d’un réseaux avec les autres universités suisses; l’offre de consultations à toutes personnes qui travaillent ou étudient à l’USI; la planification des stratégies ou l’organisation des événements pour promouvoir l’égalités des chances. Dans son travail, la déléguée s’appuie sur sa collaboratrice et sur un groupe, constitué par des représentants de l’USI et des expertes, qui ont fonction de proposition et de consultation.

Quels types d’activités organisez-vous?

Les activités et les offres que le Service propose à son publique sont très diversifiées et peuvent se diviser au moins en quatre groupes: le soutien financier aux parents qui travaillent ou étudient à l’USI, si ils ont un ou plusieurs fils entre 0 et 4 ans, et donc doivent s’appuyer sur des crèches ou des associations de mamans de jour; le soutien, avec les programmes de mentorat, aux femmes qui veulent s’engager dans une carrière académique; les activités des consultations; l’organisation des évènements, leçons, et toutes les activités liées à la promotion de l’égalité des chances et de la culture des différences de genre.
Je voudrais expliquer le rôle et l’importance des programmes de mentorat, que la Confédération a décidé de promouvoir pour soutenir surtout les femmes de la relève académique. Le mentorat permet de créer des «duos» mentée – mentor, où la mentée est l’étudiante, doctorante ou chercheuse, et le mentor (menta, en cas d’une femme) est la personne avec plus d’expérience (par exemple, un/e professeur/e) et qui peut aider la jeune femme à esquisser son parcours d’études et de recherche, à résoudre des problèmes très pratiques (par exemple, la publication d’un article, ou la rédaction d’une demande pour obtenir des financements) et à se construire un réseau des connaissances, très important pour se faire connaître dans le monde académique. Le mentorat s’est révélé être un instrument très utile, flexible, et apprécié par les participantes.

Viviana Meschitti

Un tel service dans le monde académique est-il utile et pourquoi ?

Le Service est indispensable pour augmenter la connaissance des problèmes liés à la discrimination des femmes, en particulier dans les universités; il peut proposer à la direction, concrètement au Conseil de l’USI, des nouvelles règles, qui favorisent l’égalité des chances, et maintenir une surveillance afin que ces règles soient respectées. Le Service est indispensable aussi parce qu’il offre un soutien financier pour les enfants, un soutien et un encadrement en cas de grossesse ou une maternité, il offre des programmes de mentorat pour étudiantes, doctorantes et chercheuses, et puis parce qu’il fournit des consultations dans les cas de mobbing ou harcèlement sexuel sur le lieu de travail.

Pensez-vous que ce service peut aider au changement des mentalités ?

Je crois que l’existence d’un tel service est stratégique, parce qu’il montre qu’il y a des problèmes réels de discrimination entre homme et femme, et qu’il y a la volonté de lutter contre cette discrimination. En plus, la promotion du débat sur l’égalité des chances, la création d’une conscience de genre, la vigilance afin que l’égalité soit respectée, sont les tâches les plus importantes du Service: en poursuivant ces objectifs, le Service peut apporter une grande contribution au changement de mentalité.
Les cours et toutes les activités sont très importants pour la sensibilisation aux thèmes liés aux différences de genre; le mentorat aussi est important, parce qu’il sensibilise la communauté académique au problème de la sous représentation de la femme aux niveaux les plus élevés de la hiérarchie. Le changement des mentalités est un parcours très long, mais c’est juste dans cette direction que les bureaux de l’égalité veulent agir, et seulement avec des stratégies de sensibilisation il est possible de parcourir cette route avec succès.

Note t-on des changements perceptibles depuis la création de ce service au sein du campus universitaire ?

L’USI est une université très petite, il y a environ 1’700 étudiants et étudiantes, et quatre facultés. En plus, il n’y a pas un pôle de recherche en matière de genre, qui peut faciliter les stratégies du Service. Cependant, beaucoup du travail a été fait avec succès: il y a deux cours sur le genre; on a réussi à créer des contacts stables avec des professeurs; les programmes de mentorat ont étés évalués positivement par les participantes; le Service a donné des soutiens financiers à des familles et est devenu un point de référence quand on a besoin d’information, par exemple, sur le congé maternité. Ces résultats sont très positifs pour le développement d’une conscience de genre. Enfin, il est très important de souligner que, grâce à la contribution et à l’engagement du Service, le Statut de l’USI et tous les règlements contiennent des articles en matière d’égalité des chances et du congé maternité.

Viviana Meschitti

Comment réagissent les étudiants ?

Pour répondre à cette question, on doit rappeler que beaucoup de travail de sensibilisation amené par le Service n’est pas visible, et que le public cible du Service n’est pas tout le groupe des étudiants dans sa totalité.
Toutes les personnes qui ont établi des contacts avec le Service ont donné une évaluation satisfaisante; si nous nous référons aux personnes avec lesquelles on a eu des rapports directs, l’évaluation est plus que positive. Si on se réfère aux étudiantes en général, on observe que beaucoup d’étudiants et étudiantes ne s’adressent pas directement au Service, parce que la majorité d’entre eux n’a pas, par exemple, des problèmes liés au soin des enfants, et, heureusement, il n’y a pas des cas de discrimination tous les jours. On peut dire que le Service donne son soutien direct à une minorité de personnes faisant partie de toute la communauté de l’USI: mais c’est spécialement quand on observe le soutien donné à ce groupe que l’on peut comprendre son importance et sa nécessité.

Quelles sont les difficultés le plus souvent rencontrées ?

On a dit que, en général, les bureaux de l’égalité des chances travaillent pour promouvoir une conscience de genre, pour faire connaître le problème de la discrimination, et pour apporter des solutions ponctuelles à ces discriminations, ou aux situations qui peuvent constituer un «danger» potentiel. Ces thèmes sont très délicats, parce que, à la fin, on veut toucher les mentalités des personnes, leurs sensibilités et attentes.
Le travail de notre Service peut être décrit comme un chemin de sensibilisation sur une route parsemée de traditions, de règles établies pendant des siècles, de stéréotypes et de tensions. Le nouveau rôle de la femme se pose contre toutes les conventions, et peut aussi constituer une source de préoccupation dans nos sociétés, soit dans les cadres politiques et dirigeants, soit dans les couches les plus basses. Beaucoup d’hommes vivent cette phase avec un certain malaise, et le danger est qu’ils s’attachent à des stéréotypes négatifs sur l’émancipation des femmes; dans ce cas, les possibilités de dialogue et de rencontre peuvent être compromises ou, tout à fait, arrêtées.
On ne peut pas cacher qu’il y a aussi des femmes qui ne veulent pas parler d’égalité des chances, et qui ne sont pas sensibles aux mesures promues par le Service: cette attitude n’est pas facile à comprendre, et on peut donner plusieurs explications. Parfois, ces femmes ne veulent pas admettre se sentir différentes, ou être considérées différemment par les hommes quand on se réfère aux attitudes, aux comportements, ou aux capacités; ou encore, elles n’ont pas subi des discriminations directes, et préfèrent ne pas parler du problème; ou, parfois, elles ont subi une discrimination manifeste qu’elles veulent oublier.
Pour tous ces motifs, quand on travaille dans ce domaine, il faut souvent être attentif et discret, mais aussi avoir beaucoup de patience et persévérance; on doit être bien conscient de la particularité du thème, qui demande du temps et d’agir avec sensibilité, même si ce n’est pas toujours facile.

De manière générale, pensez-vous que l’égalité entre hommes et femmes soit possible ?

L’égalité au sens strict entre homme et femme n’existe pas et n’est pas possible, parce que les deux, en général, sont porteurs de sensibilités et de visions du monde différentes. L’égalité des chances est possible, parce que, même s’il y a des différences entre les deux genres, ces différences ne sont pas une raison pour diminuer les femmes (ou les hommes). Dans ce domaine, beaucoup a été fait, mais on a besoin encore de temps, et, surtout, de beaucoup d’engagement à plusieurs niveaux: personnel, parce que la vraie égalité de genre arrive seulement si chaque personne en est convaincue; social, parce que nous avons besoin de sujets qui, au milieu de la société, travaillent et luttent pour sensibiliser la plupart des personnes possible; politique, parce que seulement des lois, des directives, et des stratégies officielles, qui établissent un cadre cohérent et intégré, peuvent vraiment garantir l’égalité des chances et permettre que les actions pratiques prennent la meilleure direction.

Selon-vous, quelle contribution un tel service peut-il apporter dans la promotion de la femme ?

Le Service donne une grande contribution au parcours de promotion de la femme dans le cadre universitaire: les cours sont un instrument précieux pour souligner aussi le rôle de la femme dans l’histoire ou dans la société d’aujourd’hui, et constituent le premier pas pour encourager toutes les femmes, qu’elles soient plus ou moins déterminées à poursuivre une carrière dans le sens classique.
On ne doit pas oublier que l’encouragement des femmes dans le domaine universitaire ne signifie pas qu’on agit afin que toutes les étudiantes se convainquent de poursuivre une carrière, académique ou à l’extérieur, «au masculin». Notre objectif est que, surtout les étudiantes les plus jeunes, qui probablement n’ont pas vécu des discriminations, prennent conscience qu’il y a des problèmes d’égalité des chances, et qu’elles ne doivent pas penser et raisonner comme la mentalité traditionnelle et conservatrice nous l’impose. Elles doivent choisir, avec autonomie, quel est leur parcours, et être conscientes qu’il pourrait y avoir des difficultés, même des discriminations, et elles doivent savoir les reconnaître pour les gérer au mieux. Dans ce sens, les projets de mentorat sont stratégiques, parce qu’ils permettent aux femmes de se confronter et d’être suivies par des experts/es, et favorisent le changement des mentalités dans l’université.

Une telle structure est-elle viable dans les pays pauvres ?

Une telle structure pourrait être très importante dans un pays pauvre, parce qu’elle pourrait contribuer à former une nouvelle génération de professionnels et académiques sensibles à l’égalité des chances, et capables de la promouvoir dans le pays, avec des résultats très importants dans le développement générale de l’économie et de la société.
Il faut aussi souligner que, afin que la structure soit efficace, il y a la nécessité d’un cadre législatif adapté, et d’un soutien financier. Par exemple, la Confédération Suisse, avec le programme «Égalité des chances dans le domaine universitaire» pour les années 2000-2007, a destiné, aux dix pôles académiques, 1 million de francs suisses par année pour la garde des enfants; et 1,5 millions de francs pour les projets de mentorat.
Je crois qu’on peut, probablement, considérer des offres du Service, et les adapter aux besoins particuliers d’une région pauvre: par exemple, les mesures de soutien pour jeunes étudiantes et doctorantes, le mentorat, ou un parcours de formation sensible aux différences de genre, peuvent être faisables, et aussi importantes pour créer une base solide pour l’émancipation de la femme.

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