Chronique du Mois – Février 2007

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SEGREGATION DES FEMMES EN ITALIE: NOUVELLES PERSPECTIVES DE CHANGEMENT
Par Valentina Boschi (Italie)

Valentina Boschi Il existe encore de nos jours en Italie, un persistant problème de ségrégation entre les sexes, même dans le domaine de la formation supérieure qui se traduit par un parcours tracé de « règles non explicite ». Les diplômées aujourd’hui encore se trouvent face à des choix très difficiles entre leurs ambitions personnelles et le rôle qu’elles ont toujours eu dans la société qui est celui de prendre soin de la famille. Bien des femmes italiennes choisissent encore le statut de femme au foyer ; mais ce choix demeure en général, un choix conditionné à partir des orientations culturelles dans lesquelles elles ont grandi, de l’éducation qu’elles ont reçue, des préjugés et perceptions qu’elles portent sur leur propre capacité et aussi du milieu qui les entoure et qui leur fait croire qu’elles sont naturellement portées à s’occuper de la maison, des enfants, du mari et des vieux parents.

En ce qui concerne le point de vue des hommes, très peu d’italiens acceptent encore d’avoir une compagne qui ait une carrière plus rémunérée et plus prestigieuse que la leur, sans qu’ils ne se sentent menacés dans leur rôle actif de « Pater familias ». En outre, la société crée en général de fortes pressions psychologiques sur ces couples au sein desquels on remarque une disproportion évidente des rôles et où par exemple le mari reste à la maison pour prendre soin des enfants et où la femme travaille pour entretenir la famille. Même si cette situation est choisie d’un commun accord entre les conjoints, les parents, l’entourage et les amis la perçoivent comme subversive et n’hésitent pas à traiter le mari d’assisté, contribuant ainsi à créer des tensions au sein du couple. Tout ceci fait que, les femmes italiennes, même lorsqu’elles ont une meilleures formation que leur conjoint, font parfois le choix de la famille au détriment de leur carrière.

Comment changer dans la société cette perception limitée du rôle de la femme qui le plus souvent coïncide avec leur propre dévalorisation, même après avoir brillé dans les études ? Les premiers promoteurs de ce changement de perceptions sont d’abord les femmes. Ces femmes-là qui, bien que minoritaires, ont fait sauter les barrières dans le monde des hommes, assumant ainsi des rôles de prestiges en politique par exemple, dans le monde universitaire ou dans des entreprises privées et publiques et qui ont eu la possibilité de sensibiliser les gens au problème de l’inégalité des sexes, en l’ayant souvent vécu personnellement et de transmettre leur expérience aux générations présentes et même futures. Les luttes féministes ont montré sans aucun doute que les changements radicaux liés aux statuts de la femme dans la société n’ont pas été incités par les dirigeants (c’est-à-dire par l’état ou par des institutions publiques) mais sont partis depuis le bas et par la nécessité d’une reconnaissance et d’une affirmation de cette branche active de la société discriminée à cause de la différence de sexe. Grâce à la prise de conscience des femmes de leur propre valeur inestimable et aussi sur la base des caractéristiques qui leurs sont attribuées depuis des siècles, les organismes publics et privés tendent aujourd’hui à sensibiliser la société sur cette discrimination des sexes et à favoriser l’émancipation de la femme à travers des initiatives d’égalité de chance qui incitent une série d’activités comme par exemple l’ «entreprenariat » au féminin.

Dans ce cas spécifique, la loi 215/92 est l’instrument adapté à travers lequel le ministère italien des activités productives alloue des fonds et les met à la disposition de l’ «entreprenariat » féminin sous forme de contribution (1). La loi 215 opère avec le mécanisme de mise en concours : il est possible de présenter sa demande d’allocation pour une période déterminée dans le temps ; et cette demande entre en liste de façon graduelle avec les autres demandes déposées à la même période. La graduation est effectuée sur la base des paramètres tels que le secteur d’activité, la participation féminine dans l’entreprise (à noter que le titulaire doit être une femme), les programmes finalisés au commerce électronique et les certifications environnementales et de qualité. La nécessité de la reconnaissance de la valeur de l’initiative féminine et de sa propre modalité d’action a résonance de plus en plus grande non pas seulement au niveau national mais aussi international.

Un dernier pas vers la reconnaissance des problématiques liées à l’égalité des chances a été franchi avec l’ouverture prochaine de la fondation européenne pour l’égalité des sexes promue par le parlement européen (2). Le nouvel institut a pour mission de créer et de coordonner un réseau européen sur l’égalité des sexes composé de représentants des centres de recherche, des experts en matière d’égalité de chance dans divers milieux et organisations de la société civile. Ce réseau permettra aussi un échange d’idées et d’informations, une collecte et une étude des expériences de bonnes pratiques qui prennent en examen les nouveaux développements dans les politiques d’égalité des sexes.

Plusieurs questions sur ce front innovateur restent encore aujourd’hui ouvertes : cet organisme réussira t-il à promouvoir réellement l’égalité des chance entre hommes et femmes ? Garantira t-il une représentation réelle et démocratique des organisations de femmes qui depuis des années sont engagées sur ce thème ? Quelle retombée cela aura-t-il sur la politique des gouvernements nationaux et locaux ? Ne pouvant pas encore donner une réponse à toutes ces interrogations, il demeure tout de même l’espoir que cet institut arrivera à générer une nouvelle conscience et que sa création puisse montrer aux citoyens et citoyennes la possibilité de réaliser, au niveau européen, des actions concrètes et renforcer les liens avec les représentantes de la société civile et en particulier avec les organismes de femmes qui opèrent sur le territoire européen, pour une meilleure et juste reconnaissance.

Valentina Boschi
Italie

1. http://www.romaexplorer.it/business/servizi_imprese/marketing/finanziamenti_femminile.htm
2 .http://www.europa.eu/scadplus/leg/it/s02310.htm

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