Témoignages – Janvier 2007

Posted in: Témoignages
Tags:

L’éducation en temps de guerre
Par Aline Abou Atmé (Liban)

Aline Abou Atmé Naître en pleine période de guerre civile dans un pays qui n’a pas encore connu une paix véritable au cours de son histoire moderne ne fut pas une expérience très douce; et devoir en plus, suivre et se concentrer sur ses études ne fut pas non plus, une aventure facile. En effet, au cours de mon éducation primaire j’ai dû changer quatre fois d’écoles, car j’étais obligée avec ma famille de fuir notre maison à la recherche d’abris loin des zones d’affrontements. Et à chaque fois je devais faire face aux problèmes d’intégration et d’adaptation au nouveau système éducatif, au nouveau cadre, et aux nouveaux visages. Ce n’est qu’en 1990, avec la fin de la guerre civile au Liban et l’instauration de la paix, que j’ai pu suivre mes études complémentaires et secondaires tranquillement et dans la même école.

A la fin de mes études secondaires, survint le problème du choix de la spécialisation. Je rêvais d’étudier la gestion hôtelière mais n’ayant pas été acceptée lors du concours d’entrée, alors que je réussis par contre le concours du Centre de Langues et de Traduction, je me suis retrouvée étudiant la Traduction à l’Université Libanaise sans que je ne l’aie vraiment envisagé. Je me suis rapidement rendue compte que c’était ma vocation, voire ma passion dans la vie. Quatre ans plus tard, j’ai eu ma Licence d’Enseignement en Traduction, que j’ai complétée avec une cinquième année et un DESS. Pendant ces cinq années, j’étais parmi les premières de ma classe. A la fin de la quatrième année, je devais faire un stage et j’ai eu la chance de travailler à « Annahar », le quotidien libanais le plus connu, et c’est là que j’ai pu vraiment apprécier le métier de journaliste.

Les études universitaires terminées, je fus confrontée au problème de trouver un emploi, dans une période où le chômage enflait au Liban et où la majorité des jeunes quittaient le pays à la recherche d’opportunités de travail. Alors, et en attendant mon opportunité à moi, j’ai touché un peu à tout. J’ai travaillé en tant que traductrice indépendante dans le sous-titrage, dans la traduction environnementale, bancaire, juridique etc… de même j’ai eu la chance d’avoir une petite expérience dans l’interprétation avec les Observateurs de la Commission Européenne lors des dernières élections parlementaires au Liban, et j’ai participé à la traduction de la dernière version du « Guinness World Records 2007 », dans sa première publication en langue arabe. Elle fut déléguée à des traducteurs libanais réputés pour leur bonne éducation et la qualité de leur travail. Au mois de juin dernier, j’ai finalement trouvé le travail que j’attendais, et j’ai été engagée comme traductrice dans un quotidien libanais nommé « Albalad », où je traduisais des articles de la presse étrangère qui abordaient les questions du Moyen-Orient et notamment du Liban surtout lors de la dernière guerre, mais c’est précisément cette guerre là et tous les ravages qu’elle a entraînés qui ont renforcé ma décision de venir à Genève.

Toutes les expériences que j’ai connues dans ma vie m’ont aidée à arriver là où je suis aujourd’hui. Je tourne, en ce moment, la page de l’année 2006, et, malgré tous les drames qu’a vécus mon pays, elle fut généreuse à mon égard tant au niveau personnel, professionnel, qu’éducationnel. Me voilà aujourd’hui à Genève où je bénéficie d’une bourse de la Confédération Suisse. Je prépare un Master en Sciences de la Communication et des Médias à l’Université de Genève bien que j’aie longuement hésité à tout laisser derrière moi, avant de reprendre les études et recommencer à zéro.,

Le retour à l’université, après deux ans d’interruption, n’était pas facile. De plus, le voyage et l’éloignement de ma famille, de mes amis, et de mon travail m’étaient vraiment durs, à tel point que j’envisageais sérieusement rentrer un mois après mon arrivée. Mais avec le temps j’ai appris à voir les choses plus positivement et à apprécier cette nouvelle aventure que je vis. Genève m’offre la chance de voir des gens de toutes nationalités, de toutes cultures, et ce mélange est très enrichissant, de plus elle me donne la possibilité d’avoir un diplôme en communication qui m’ouvrira de nouvelles portes le jour où je retournerai dans mon pays…

Aline Abou Atmé
Liban

Change this in Theme Options
Change this in Theme Options