Chronique du Mois – Janvier 2007

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EDUQUER, C’EST APPRENDRE A AIMER
Par Nicolas Boumtjé

Nicolas Boumtjé La dislocation de la famille et la vulgarisation de deux fléaux sociaux que j’appelle « la divorcitose et la polygamiose », ont mis en crise le problème de l’éducation des enfants. Faute de trouver des moyens adéquats pour l’assurer, il nous plaît au moins de rêver d’un contenu que nous aimerions lui donner. En effet, à l’heure actuelle, la plus part des enfants sont, soit laissés à eux-mêmes, soit livrés à des maîtres ou à des modèles aux intérêts si divergents, qu’ils ne peuvent absolument pas canaliser leurs énergies en vue du développement harmonieux de leurs personnalités.

Dans la normalité des cas, cependant, il conviendrait de distinguer deux périodes essentielles dans l’éducation. La première période concerne l’enfance, jusqu’à l’âge de 12 ans. C’est la période de « structuration ou de restructuration» de l’esprit et du coeur, par une éducation que tout le monde appelle « l’éducation de base». La deuxième période concerne la jeunesse, à partir de l’âge de 12 ans. C’est la période des options fondamentales à prendre devant la vie. Cette période est caractérisée par l’initiation à l’amour; à l’amour de soi, des autres et des valeurs. Dans ces pages, nous n’aborderons que la période de l’enfance. Dans la première période qui est celle de l’enfance, l’éducation se déploie autour de trois thèmes:

  • La gentillesse
  • La politesse
  • L’obéissance

La Gentillesse

« Etre gentil» est un terme bien connu dans le langage courant. Quel contenu lui donne t-on? Sans pouvoir le définir, tout le monde comprend cependant que ce terme véhicule une dynamique très positive du pont de vue pédagogique En effet, est gentil celui qui sait être aimable et faire plaisir aux autres. On ne peut pas être aimable tout en faisant preuve de méchanceté et d’agressivité, en même temps. . On ne peut pas faire plaisir tout en étant désagréable et vilain, en même temps Tous les enfants, quelles que soient leurs cultures et leurs origines sociales, comprennent naturellement ce langage. La dynamique positive de la gentillesse vient d’abord de son universelle intelligibilité, comme étant la caractéristique de l’homme de bien; de l’homme de bon coeur
Effectivement, {( tout homme tend naturellement vers son bonheur, vers son bien» C’est le premier principe de la loi naturelle, qui est aussi un principe métaphysique de vérité universelle. Or le premier bien que tout homme possède, c’est la vie. Ainsi donc tout homme aime la vie et se témoigne, par conséquent, un amour viscéral et radical. Tout ce qui convient à la promotion de la vie est un bien à rechercher. Mais tout ce qui contrarie de quelque manière que ce soit le développement de la vie et la recherche du bonheur est un mal à éviter et à fuir. Le bien est à faire, il est aimable. Le mal est à éviter, il est haïssable. Telle est la première loi de la morale naturelle.
La restructuration de l’esprit et du coeur de l’enfant passe par la prise de conscience que seul le bien est à faire; mais que le mal est à éviter. Tel est le principe moral fondamental de l’éducation de base à donner à un enfant. Ce principe impose à tout homme l’amour de lui même, la recherche de son bien-être, et le respect de la personne d’autrui qui est même que soi-même. Le problème de l’amour en général, de l’amour de la vie, en particulier, et de tout ce qui convient à la promotion de la vie humaine, constitue la base de la pédagogie éducative.

La Politesse

Il n’est pas bon que l’homme soit seul. C’est un principe de la loi naturelle. Son milieu naturel de vie, c’est la famille qui est un milieu communautaire. La vie de l’homme elle-même est issue de la communion des personnes. Il faudrait que dès le départ l’éducation de l’enfant prenne en compte la nécessité de l’intégrer dans la vie sociale et communautaire. C’est le « savoir vivre en société» que l’on appelle la politesse.
Vivre en société c’est accepter que l’on n’est jamais seul; que l’on doit s’accommoder de la présence des autres en faisant taire quelque peu, son égoïsme et son individualisme. Ce qui implique la prise de conscience de ses limites dans l’exercice de sa liberté. La liberté de l’homme est conditionnée. Elle n’est pas absolue, comme le prétend Jean-Paul Sartre. Elle s’arrête là où commence celle d’autrui. . La meilleure école d’intégration dans la communauté humaine c’est la politesse. Rien de telle que la politesse pour apprendre à l’enfant le respect de l’autre et de sa dignité. Un homme poli est celui qui sait entretenir avec les autres des relations aimables, agréables, pacifiques et courtoises. La politesse c’est donc la gentillesse dans le comportement. Elle exclut l’agressivité, la violence et la haine, afin d’exalter au contraire, les sentiments de respect, de paix et d’harmonie entre les hommes

La culture de la paix passe par l’apprentissage de la politesse aux enfants. C’est la mauvaise éducation ou mieux encore, c’est le manque d’éducation qui cultive la violence, l’agressivité et la méchanceté. La méchanceté est un autre nom du manque de respect dû à la personne humaine Pour créer une vie de paix et d’harmonie entre les hommes, il faut accepter de se sacrifier, de se maîtriser, de se dominer, de se gêner pour ne pas gêner les autres. La politesse est une école de contrôle et de maîtrise de soi-même, de son caractère, de ses humeurs, de ses passions et même de ses propres sentiments. En conclusion, la politesse conduisant à la maîtrise de soi, conduit aussi à la maîtrise de son égoïsme qui impose l’oubli de soi-même. L’oubli de soi favorise l’amour et la paix avec les autres.

L’obéissance

C’est le thème le plus difficile et le plus délicat à aborder dans l’éducation des enfants. Quand on dit que les parents ont démissionné face à leur responsabilité d’éducateurs de leurs enfants, on veut plutôt dire qu’ils ont perdu toute autorité sur eux; qu’ils ne savent plus se faire obéir. L’obéissance est une vertu capitale dans la restructuration de l’esprit et du coeur d’un enfant. C’est pour cette raison que l’autorité d’un père est indispensable au développement harmonieux de l’enfant. En effet, apprendre à un enfant à obéir, c’est cultiver en lui, l’ouverture d’esprit, la disponibilité de coeur et le sens de la réceptivité. Obéir c’est savoir reconnaître son ignorance et ses torts, et désirer que l’on vous instruise et que l’on vous corrige. Cela requiert que l’on soit humble, disponible et réceptif. L’humilité favorise l’écoute des autres et l’accueil des conseils. Ce qui évite à l’enfant de cultiver le sentiment d’autosuffisance qui est néfaste à la formation d’une personnalité équilibrée.

Par l’écoute et l’accueil des conseils, l’enfant apprend à sortir et à se méfier de lui-même, en prenant conscience de sa fragilité et de son ignorance. Il apprend à se relativiser; à relativiser ce qu’il sait et ce qu’il croit faussement être, pour pouvoir aspirer à être meilleur. La loi de la nature et le bon sens voudraient que l’aveugle ne conduise pas le voyant; que ce soit à l’adulte de conduire l’enfant et de le guider sur le bon chemin. C’est ainsi qu’il apparaît évident que l’expérience est une source de sagesse. Ce n’est pas de l’amour, encore moins de l’éducation que de laisser l’enfant faire tout ce qu’il veut et tout ce qui lui plaît. Etant donné que quand on agit impunément, on le peut légitimement, à force de le laisser faire tout ce qu’il veut et tout ce qui lui plaît, l’enfant finit par croire qu’il fait bien et en plus qu’il a toujours raison. A partir de ce moment, on ne peut plus rien tirer de lui, ni rien lui apprendre. Et alors c’est une réelle catastrophe. C’est l’erreur que font les parents désireux de s’attirer les bons sentiments de leurs enfants, surtout quand ils sont séparés et qu’ils doivent se disputer la garde des enfants.

Il faut battre le fer quand il est chaud. On doit prendre l’habitude de reprendre l’enfant quand il est encore tout petit. C’est en reconnaissant ses erreurs que l’on peut s’en corriger. Un homme qui ne sait pas qu’il fait mal, ne peut pas éviter le mal. En règle générale, ne jamais céder aux caprices d’un enfant. Ne jamais le laisser faire ce que l’on sait pertinemment être mauvais et conduire au mal. Ne jamais oublier que qui sème le vent récolte la tempête. Un vrai amour interdit de vouloir du mal à celui que l’on aime; un vrai amour de soi-même interdit de se vouloir du mal. L’éducation de base consiste à poser les fondations en vue de la promotion du bonheur de l’homme par un juste amour de lui-même et le respect des autres. En un mot, nous disons qu’éduquer, c’est apprendre à aimer.

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