Chronique du Mois – Octobre 2006

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L’Homme Dans le Monde, une Nature et une Culture
Par Odilon Mbog

Odilon MbogPour celui qui a pu aller faire un tour dans le jardin botanique des îles de Brissago, la vue des bananiers a semblé à n’en pas douter, quelque chose de merveilleux et d’étrange. Ces plantes semblent en fait pousser sans aucun problème, dans un environnement qui n’a rien de tropical. Pourtant, à y voir de plus près, on se rend très vite compte que ces bananiers ne sont rien de plus de des fleurs. Enlevés de leur environnement naturel, ils deviennent incapables de produire des bananes. L’explication de ce phénomène se trouve surement dans le fait que le type de sol et le milieu climatique ne leur permettent pas de donner la pleine m mesure d’eux-mêmes.

En effet, en eux il y a deux éléments fondamentaux qui n’arrivent pas à s’harmoniser : la nature qui est la leur, et la culture, qui est le cadre général dans lequel il leur est donné de grandir. Du coup, le désir de celui qui a voulu leur présence en ces lieux ne suffit pas pour leur faire porter du fruit dans ce milieu qui ne correspond pas à leur nature. Et leur présence sur cette île se révèle quelque chose d’insolite, une curiosité ; car il s’agit bien d’un détournement de la nature. Alors au lieu d’être des arbres fruitiers, ils sont relégués au rôle de fleurs, bonnes juste à être contemplées. Et pendant que les bananiers sont incapables de donner du fruit, la terre qui les nourrit se trouve aussi exploitée inutilement, car elle aussi, se trouve sollicitée pour prodiguer ses éléments nutritifs à des plantes qui n’en ont pas besoin, et en lesquelles ils sont un authentique gaspillage.

Dans le sens inverse, quelqu’un il y a quelques années, en rentrant des études en Europe, a ramené à Douala une jeune plante de vigne qu’il a plantée dans un coin de sa cour. Le sol de Douala étant outrageusement fertile et surabondamment arrosé, cette plante a pris racine et depuis, elle ne cesse pas de grandir. Mais plus que de grandir, il ne faut rien attendre à d’elle. Le type de sol, le cycle des saisons, la pluviométrie, rien ne lui permet de donner du fruit, et alors le discours est le même que pour de bananiers de Brissago.

Comme pour les plantes, la présence de l’homme et sa capacité de s’exprimer dans sa pleine mesure sont soumises à des conditionnements divers, qui déterminent la possibilité que lui-même détermine la nature en retour et que leur interaction soit harmonieuse et bénéfique pour l’un et pour l’autre. Toutes les conséquences de l’action de l’homme sur l’environnement sont sous les yeux de tous et rendent inutile tout autre raisonnement ou discours ultérieur.

Pendant qu’on entreprend une quelconque œuvre en faveur de l’éducation, il est indispensable de chercher à prendre la mesure de l’enjeu, et de jauger l’ampleur de la tâche. En effet, l’éduction doit viser à rendre la personne humaine capable d’entrer dans une interaction harmonieuse avec la nature, où elle doit tenir son rôle, tant il est vrai que la place de l’humanité dans la nature n’est en rien identique à celle des autres groupes d’êtres vivants.
L’éducation doit aussi travailler à insérer la personne dans l’universalité de l’humain, avec une bonne prise de conscience d’appartenance et donc de participation, qui rend responsable de la croissance et du développement vers un toujours plus humains, avec comme conséquence la volonté d’en être acteur et artisan, tout en n’en étant qu’un membre, plus déterminé par elle que déterminant pour elle ; d’où en même temps humilité et responsabilité. Humilité pour essayer de se caler à la place qui est la sienne dans l’histoire de l’humanité, en cherchant tous les jours de recevoir tout ce qui fait de chaque personne un membre de cette humanité et un maillon de son histoire, et responsabilité pour avoir conscience que les actes de chacun peuvent avoir des conséquences plus où moins grandes, plus ou moins incalculables pour les destinées de cette même humanité, dans le bien comme dans le mal, et donc avoir à cœur de chercher toujours à compter parmi ceux qui auront laissé une marque en sa faveur, même si l’on sait qu’on ne pourra jamais donner autant qu’on reçoit, et que les plus belle actions auront toujours sur elle une influence relative.

A côté de l’universalité, il y des différences de tous ordres : les races, les nations, les cultures, les milieux, les périodes même de l’histoire, la politique, les courants philosophiques, la religion, la morale, les orientations économiques et bien d’autres, mais qui participent toutes à déterminer les choix et les options de la vie des individus. Tout cela doit être pris en compte, et tout artisan de l’éducation doit avoir à cœur d’insérer son intervention pour contribuer à bâtir chaque individu, de façon à ce qu’il devienne une individualité et une personnalité bien équilibrées, mais qui soit aussi bien encastré dans la grande construction de l’humanité.

Le chalenge devient donc de plus en plus immense et de plus en plus complexe, et si on ne s’arme pas de courage de patience et de détermination, on a vite fait de se tirer en arrière, de démissionner devant la tâche, en laissant le travail à la rue, à la mode, à la télévision, et au mieux, à l’école ou quelquefois même à la prison. Aucun enfant en venant au monde ne n’a de quoi le préparer à tout cela, il appartient à ceux qui ont reçut de transmettre. Et dans ce sens, l’éducation est aussi tradition, et le mot n’a rien de péjoratif, bien au contraire.

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